Société cardiovasculaire du Canada

La docteure et clinicienne-chercheuse Marie Pigeyre est la lauréate de la Bourse de recherche cardiométabolique SCC pour son projet Identifying novel biomarkers linking adiposity (body fat) to cognitive function: the Canadian Alliance for Healthy Hearts and Minds (CAHHM) Biomarker Study (Identifier de nouveaux biomarqueurs liant l’adiposité [graisse corporelle] à la fonction cognitive : l’étude des biomarqueurs de la Canadian Alliance for Healthy Hearts and Minds [CAHHM]). La Dre Pigeyre a obtenu un doctorat en endocrinologie et un doctorat en épidémiologie et en génétique à l’Université de Lille, en France. Elle est venue au Canada après avoir reçu des bourses postdoctorales et internationales à l’Université McMaster, où elle a étudié les biomarqueurs du diabète et de l’obésité et leur lien avec les maladies cardiovasculaires. Depuis 2019, la Dre Pigeyre est professeure adjointe au département de médecine de l’Université McMaster.  

Nous avons rencontré la Dre Pigeyre pour discuter de son programme de recherche et découvrir comment il pourrait changer la pratique ainsi que la vie des Canadiens.

Q : J’aimerais commencer en vous demandant ceci : pourquoi avez-vous choisi ce domaine de recherche?

R : J’ai longtemps cherché à comprendre pourquoi l’obésité est associée aux maladies cardiovasculaires, et j’élargis maintenant mes recherches pour mieux comprendre le lien entre l’adiposité (graisse corporelle), les conséquences cardiovasculaires et le déclin cognitif. Cette recherche est fascinante, car il y a encore beaucoup de questions dans ce domaine. Nous pensons que l’emplacement de l’adiposité dans le corps est important. La graisse peut être stockée sous la peau (graisse sous-cutanée) ou à l’intérieur du ventre, autour des organes et dans le foie. On pense que c’est la graisse stockée dans le ventre (graisse viscérale) qui est responsable des complications cardiovasculaires et des troubles cognitifs.

Q : Quel type de biomarqueurs recherchez-vous? 

R : La graisse viscérale produit de petites molécules qui passent dans le sang (également appelées biomarqueurs) et qui peuvent être mesurées. Nous nous intéressons principalement aux adipokines, qui sont des molécules de signalisation cellulaire (cytokines) sécrétées par le tissu adipeux.

Q : Quelle est la valeur de cette recherche?

R : Si nous identifions des biomarqueurs impliqués dans la contribution de l’adiposité viscérale aux troubles cognitifs, nous pourrons mettre au point un test de dépistage pour identifier rapidement les personnes à haut risque et développer de nouvelles cibles d’intervention personnalisées. Par exemple, si un biomarqueur peut être modifié par un médicament spécifique, nous pourrions utiliser ce médicament pour protéger les gens. Ou, si un biomarqueur peut être modifié par l’activité physique ou un régime alimentaire spécifique, d’autres approches thérapeutiques pourraient être utilisées pour réduire le risque. 

Q : Comment ce projet a-t-il vu le jour?

R : Nous travaillons avec la cohorte de la CAHHM (Canadian Alliance for Healthy Hearts and Minds) du Population Health Research Institute, qui compte plus de 8 000 Canadiens. Chaque participant a subi un d’examen d’IRM du cerveau et de l’abdomen au début de l’étude afin d’identifier l’emplacement de la graisse corporelle, a fourni un échantillon de sang et a répondu à des questionnaires sur les fonctions cognitives. Six ans plus tard, nous étudions un sous-ensemble de 1 400 de ces participants, dont la moitié a développé des troubles cognitifs (« cas ») et l’autre moitié n’en a pas développé (« témoins »). Grâce à une plateforme très moderne de génomique et de protéomique, nous pouvons mesurer jusqu’à 300 biomarqueurs dans une petite goutte de sang fournie au début de l’étude.

Q : À quel stade en êtes-vous dans vos recherches?

R : En ce moment, nous reprenons contact avec les participants, en identifiant ceux qui ont développé des troubles cognitifs et ceux qui n’en ont pas développé.

Q : Quand pensez-vous que cette étude sera terminée?

R : Au cours des six prochains mois, nous voulons disposer de toutes les mesures des biomarqueurs. Puis, dans les six mois qui suivront, nous voulons effectuer l’analyse statistique. Nous espérons obtenir des résultats préliminaires d’ici un an. 

Q : Quel est le manque de connaissances qui sera comblé?

R : J’espère que nous comprendrons mieux les molécules spécifiques et les marqueurs inflammatoires produits par l’adiposité qui altèrent les facultés cognitives. L’objectif est de maintenir les cerveaux en bonne santé le plus longtemps possible.

Q : Qu’est-ce que cette bourse représente pour vous, personnellement?

R : C’est une grande reconnaissance de mon travail et un immense honneur. Cependant, il ne s’agit pas uniquement de mon travail. Ce geste de reconnaissance récompense également toute l’équipe de recherche de la cohorte de la CAHHM et tous les participants.

Q : Combien de personnes font partie de l’équipe de recherche?R : La cohorte de la CAHHM est un vaste effort de recherche pancanadien, dirigé localement par la Dre Sonia Anand. Il s’agit d’une équipe diversifiée qui comprend entre autres des cardiologues, des neurologues, des radiologues, des nutritionnistes et des coordinateurs.

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